La production artistique en artothèque

Dans un contexte favorable à la sortie de l’art du cadre muséal, les artothèques représentent un lieu alternatif susceptible d’offrir aux créateurs les conditions nécessaires à leurs expérimentations. Accompagner les artistes, communiquer sur leurs œuvres et entretenir le processus créatif font partie des attributions essentielles des artothèques. On peut distinguer quatre grands types de productions artistiques en artothèque.

Le livre d’artiste ou le catalogue d’exposition
L’édition d’un livre d’artiste (œuvre d’art conçue sous la forme d’un livre) ou d’un catalogue d’exposition est une aide à la promotion de l’artiste. Composés de textes de présentation souvent rédigés par des critiques, des responsables de structures d’art et d’un répertoire d’images, ils permettent à l’artiste de disposer d’un outil de diffusion supplémentaire pour faire connaître son travail auprès des publics et d’autres lieux d’exposition centre d’art, musée, galerie…). De nombreuses artothèques (Angers, Caen, Vitré…) utilisent ce medium pour mettre en valeur une exposition, une période, un projet artistique ou l’oeuvre d’un artiste.

Le multiple
Aussi répandue dans les artothèques, l’édition de multiples encourage l’artiste à expérimenter un nouveau support de création. Son économie – la multiplication d’une œuvre conçue dans son principe de reproductibilité – permettra une autre diffusion du travail de l’artiste auprès des emprunteurs d’artothèques ou amateurs. Le multiple peut désigner une sérigraphie, une lithographie, une gravure, une photographie, un objet, une vidéo.... La coédition de la structure avec l’artiste est l’usage le plus fréquent : l’artothèque met à disposition des conditions de production à l’artiste ; le coût de l’édition étant partagé. Les tirages sont ensuite répartis entre les deux parties selon une convention qui a établi les conditions de diffusion.

La production d’œuvres in situ ou d’expositions
Cette pratique offre à l’artiste la possibilité de réaliser une exposition, une pièce, de faire aboutir un projet dont les matériaux sont onéreux ou d’ampleur. Avec l’édition de multiples, cette pratique inscrit l’artothèque en amont de la création. Certaines artothèques proposent aussi régulièrement des résidences d’artiste : celles-ci consistent en l’installation temporaire d’un artiste, invité à déplacer son lieu de création sur un nouveau site. Il y expérimente des contraintes nouvelles, dans la continuité de sa démarche qui se trouve ainsi révélee à tous. A Pessac par exemple, une aide à la créaiton annuelle permet la création d’une exposition orignale autour de la thématique du dessin.

L’exposition originale et virtuelle
Prolongement en ligne d’une exposition temporaire ou création originale, l’exposition virtuelle présente l’avantage, par rapport à son double physique, d’affranchir le visiteur de toute distance spatiale ou temporelle. Elle permet aux structures de rayonner au-delà de leur territoire local et du temps limité de la manifestation en touchant un public différent de celui qui se déplace à l’artothèque. Comme l’exposition réelle, elle comporte une véritable scénographie qui met en scène les documents, les rapproche, les présente, propose un parcours entre les œuvres pour en faire ressortir le sens, en multiplier les niveaux de lecture. Préciser des exemples ou potentiels….

Les autres productions
A Auxerre comme à Lyon, à Nîmes ou à Annecy, de nombreuses actions de médiation, variées et régulières, accompagnent systématiquement les expositions, les productions et les acquisitions d’œuvres : petits journaux ou « cahiers d’exposition », mais aussi flyers explicatifs, affiches, cartons d’invitation, dossiers sur chaque artiste, conférences, ateliers d’arts plastiques pour les scolaires, les enfants, les groupes, formations professionnelles pour les universités, les écoles d’art et d’architecture, etc.


Ces actions d’édition semblent de prime abord n’apporter que des bénéfices aux artothèques soutenant ces projets. Nous allons voir qu’il peut être difficile pour ces organismes culturels de combiner à la fois leurs missions de diffusion et d’échange avec celle de producteur de la création contemporaine.
Les actions d’édition ont un impact évident en matière de communication qui valorisent le soutien à la création artistique. Elles met en avant la structure qui travaille aux côtés des artistes. Ainsi à l’occasion des 10 ans de leurs structures, les artothèques de la Roche-sur-Yon (en 2008) et d’Hennebont (en 2009) ont publié respectivement un catalogue présentant la structure et la collection, et quatre estampes permettant pour la première de démarcher le public des entreprises et pour la seconde d’occasionner un reportage sur France 3 Bretagne au 19/20. L’édition de catalogue des collections offre ainsi une visibilité et une lisibilité du projet artistique de l’artothèque.
La pratique éditoriale en artothèque témoigne bien souvent d’un suivi des artistes dans le temps. Ainsi, l’édition d’un catalogue ou d’un multiple est généralement réalisée dans le cadre d’une exposition. Cette volonté de suivi permet d’établir une cohésion entre collection, exposition et édition permettant aux usagers des artothèques de mieux appréhender l’artiste. C’est le cas de l’artothèque d’Angers qui a produit la première exposition de JH Engström en 2002 ; en 2009 elle accueille son dernier travail. De son côté, l’artothèque de la Roche-sur-Yon possède plusieurs photographies de Daniel Challe dans sa collection depuis longtemps. En 2008, elle produit une exposition monographique avec le Musée de la Ville, et édite un catalogue (chez Filigranes) en partenariat avec l’artothèque d’Annecy.

De nombreux projets éditoriaux sont portés par plusieurs structures artistiques, plusieurs artothèques. Ces partenariats permettent de développer des projets plus ambitieux, d’augmenter les capacités de diffusion, de communication et d’assurer une meilleure répartition des tirages sur un territoire donné (notamment pour les catalogues). Enfin, ces alliances permettent de développer un réseau de moyens humains et financiers plus considérable et ainsi de faire participer des structures aux moyens plus limités.  L’exposition de Micha Laury (2009-2010) coproduite par les artothèques de Nantes, d’Auxerre et de La Roche-sur-Yon ainsi que deux entreprises a été envisagée dès sa conception dans cette optique. Celle d’Anne-Marie Filaire, en 2005, est un partenariat entre le Quartier (Centre d’art contemporain) de Quimper et les artothèques d’Angers, de La Roche-sur-Yon, du Limousin et de Pessac.
Les actions d’édition sont menées dans une relation de confiance entre l’artiste et la structure, il est nécessaire d’officialiser ce partenariat (artiste/structure). Une convention (des modèles ont ainsi été commandés par l’ADRA à des juristes afin de guider les artothèques dans cette voie) permet ainsi de fixer les modalités de productions, le coût, la répartition et le prix fixé pour la vente des tirages.
Enfin, le principal frein à la pratique éditoriale reste le budget limité des artothèques (à la fois financiers et humains), ce qui limite la reconnaissance de leur rôle d’éditeur. L’édition de multiples, un des moteurs du dynamisme de l’artothèque, nécessite en effet un investissement minimum de 2 000 à 3 000 € à chaque projet. Des partenariats privés (par exemple la Banque populaire à l’artothèque de Saint Cloud) renforcent les budgets ainsi que les réseaux de diffusion. Il n’en reste pas moins que les artothèques sont les seules, avec quelques associations d’amis de musée ou de centre d’art à favoriser ce genre de production, véritable lieu d’expérimentation et d’ouverture pour les pratiques plastiques contemporaines.