Le caractère mobile des collections, la possibilité de prêt offert par les artothèques, participent d’une médiation en facilitant l’accès aux œuvres hors des lieux consacrés, en inscrivant une relation et une parole sur l’art dans le quotidien et dans la durée. Les artothèques mettent au cœur de leur mode de fonctionnement l’expérience de l’œuvre.

 

Le contrat très concret qui s’établit entre prêteur et emprunteur engage une relation de proximité mais également une responsabilité partagée. Il apparait la notion de « public médiateur », de « délégation de la médiation » : l’œuvre choisie pour être empruntée sera vue par un public dans un cadre qui n’est pas celui de l’artothèque ; une maison, un lieu de travail. L’emprunteur devient l’intermédiaire et reste évidemment libre de sa parole. C’est le cas du particulier qui, en plus d’exposer simplement des œuvres, les montre ou en parle à ses proches, c’est aussi le cas des individus qui en empruntent plusieurs à destination d’un lieu public (entreprises, écoles, collectivités…). La tonalité de ce second temps de rencontre œuvre / public est induite par la qualité de la relation qui existe en amont entre l’artothèque et ses emprunteurs : les conseils, les outils mis à sa disposition, les prêts inscrits dans le cadre d’un projet ou d’un partenariat.

 

De par leur souplesse naturelle de fonctionnement (petite équipe et nomadisme des œuvres pensé comme structurant), les artothèques sont mobiles et réactives aux demandes et aux projets, elles n’imposent pas de programme. Elles développent ainsi une intelligence particulière dans le partenariat, une certaine porosité entre les différents types d’action (exposition, rencontre avec des artistes, résidence, atelier du regard ou de pratique plastiques) qui restent des moyens pour une médiation et non une fin.

 

Comme dans d’autres institutions d’art contemporain, la médiation porte sur une pédagogie du regard. Pour les artothèques, la particularité des liens qui se tissent, au fil du temps, entre des œuvres, des artistes et des publics et la variété de ces échanges, favorisent le développement de l’esprit critique et l’appropriation progressive de l’œuvre puis de ses arrière-plans historiques.

 

C’est aussi ce lien individualisé, presque personnalisé, qui peut mener à former un public de collectionneur. Les adhérents nourrissent progressivement une relation de confiance et d’appartenance à un univers auquel ils pensaient parfois ne pas pouvoir prétendre. En découvrant une accessibilité de l’art au quotidien, en s’accoutumant à une présence forte de l’art dans leur vie, certains franchissent le pas de l’achat auprès de galeries ou d’artistes. L’artothèque n’a pas de vocation commerciale, elle peut néanmoins servir de passerelle entre les publics et le marché de l’art.

 

La médiation culturelle participe d’une approche collective et collaborative de l’art et des œuvres.  Comme l’a écrit Jean Caune, « le sens de la médiation est le résultat de la relation intersubjective. Elle est de l’ordre d’une construction modeste et exigeante des conditions d’un vivre ensemble 1».


1) Pour une éthique de la médiation. Le sens des pratiques culturelles.
PUG - 1999