La constitution d'une collection d'artothèque

La politique d’enrichissement d’une collection d’artothèque varie suivant le statut juridique, le mode de fonctionnement et le personnel de direction.

Généralement, une collection d’œuvres art s’enrichit par des acquisitions, mais aussi par d’autres moyens tels que les dons, les co-productions et d’autres initiatives collaboratives.

Les budgets alloués aux collections

Au début des années 80, la constitution de la collection de chaque artothèque est largement conduite par le Ministère de la Culture qui contribue à la création de galerie de prêt sous forme de subvention pour la constitution d’un fonds initial d’œuvres d’art contemporain. Au moins la moitié de ce dernier doit être obligatoirement constituée à partir d’une liste fournie par lui, après avis de la Commission d’achats du Fonds National d’Art Contemporain. L’autre moitié du fonds, destinée à la production locale et régionale, est établie sur propositions conjointes des structures bénéficiaires, des collectivités locales et du Conseiller Artistique Régional. Visant l’application de ses directives, le Ministère de la Culture met en place une convention type, signée par ses représentants et ceux de l’organisme gestionnaire. En octroyant une aide qui s’élève à 200 000 franc (30 000 euros) – aide versée afin de permettre la constitution d’un fonds initial d’œuvres –, le ministère de la culture tente d'inciter, dès 1981, la création d’artothèques par le biais d’une convention qui engage, à parité, l’état et une structure décentralisée. En contre partie de cette somme allouée, l’organisme co-signataire doit prendre en charge le fonctionnement de la structure ainsi que l’enrichissement de la collection en y consacrant un budget annuel de 60 000 francs au moins.

 

Aujourd’hui les budgets alloués aux collections d’artothèque sont réduits comparativement aux collections publiques d’art contemporain, aux autres collections publiques en général et aux prix pratiqués sur le marché de l’art. Sur le mode du mécénat, quelques artothèques associatives arrivent à construire des partenariats avec des entreprises privées.

 

De la part du public et des emprunteurs, la demande de « renouvellement » du fonds des œuvres est pourtant forte. Ils sont curieux et apprécient cette actualité promise par les artothèques.

 

Des axes de développement des collections sont parfois revendiqués. Certaines collections se spécialisent ainsi dans le médium de la photographie, ayant profité judicieusement de leur faible coût sur le marché dans les années 90 (Vitré, Grenoble…) , d’autres dans les œuvres multiples et les éditions (Caen, Auxerre…) jouant de la relation avec l’emprunteur qu’elles engendrent ; enfin, une troisième tendance se dessine, celle d’une sélection d’œuvres dans un champ artistique : la peinture (Nantes…), les œuvres graphiques (Limousin…) par exemple, qui peuvent être développés à travers des supports variés.

Mais l'objectif des acquisitions reste cependant de restituer un paysage contemporain de la création et de ses enjeux ; en choisissant des démarches particulièrement représentatives des tendances actuelles, dans sa variété, à échelle internationale si l’on peut, s’appuyant sur des artistes reconnus pour aller vers des recherches plus expérimentales.

 

Singulières artothèques

Fonds publics destinés à investir l’espace privé, la singularité des collections d’artothèques rend vaine, les concernant, toute tentative de classification habituelle. Singulières collections en effet que celles-ci qui, bien que constituées de façon cohérente, ne sont jamais lisibles en tant qu’entités. Singulières encore, ces collections dont la vocation principale est la transmission aux individus, au point que finalement ce sont eux qui les activent, chaque fonds comportant autant de possibles que de parcours d’emprunteurs. Singuliers enfin ces fonds qui constituent un patrimoine actif, circulant et évolutif, participant ainsi à un renouvellement du modèle muséal.

Des commissions d’acquisition

Dans le fonctionnement de certaines artothèques, des commissions d’acquisition se réunissent annuellement pour valider un choix d’œuvres : les propositions d’achat émanent soit du comité technique invité, soit du responsable de l’artothèque. Ce comité -qui rassemble des professionnels de l’art contemporain (diffusion, marché, médiation, critique)- valide, tout en conservant une vision d’ensemble de la collection, chaque achat : une œuvre précise dans une démarche singulière.

Si ce n'est le cas, le choix reste sous l’entière responsabilité du directeur de l'artothèque qui, souvent faute aussi de moyens, décide seul. Cette procédure permet d’être plus réactif face à des opportunités du marché et, éventuellement, plus cohérent.

 

L’enrichissement des collections, comme tout le projet d’une artothèque, reste avant tout une péréquation entre le contexte politico-culturel, la personnalité du responsable et le statut.

Le profil des collections reflète aussi les relations privilégiées développées avec les artistes d’un côté, et les emprunteurs de l’autre.

 

Ces collections recèlent des trésors de la production artistique, mieux connus des collectionneurs privés que des autres institutions. Elles sont incontestablement à découvrir !