Plus ancien qu’on ne l’imagine généralement, le concept d’artothèque naît en 1906, en Allemagne, d’un groupe d’artistes berlinois qui, sous la houlette d’Arthur Segal, entreprend de faire circuler les œuvres chez les particuliers grâce à un système de location, plutôt que de les stocker dans leur atelier. Il s’agit véritablement de la part des artistes, de la manifestation d’une recherche d’autonomie dans le domaine de la diffusion. La volonté de circulation et de partage, présente dès l’origine du projet, est centrale. Favoriser la circulation des œuvres, doit permettre l’établissement de liens forts entre les individus et l’art. C’est la fréquentation quotidienne des œuvres, leur intégration à la vie intime, qui seules peuvent ouvrir le chemin de leur connaissance.

 

L’idée est reprise entre les deux guerres, toujours à Berlin, mais n’est réellement développée de façon systématique qu’à partir des années 60/70, et ce, surtout dans les pays d’Europe du Nord : Allemagne, Pays-Bas, Danemark. Ces services deviennent, dans la majorité des cas, des structures financées par le secteur public. D’une initiative isolée, émanant d’artistes devant faire face à une difficulté récurrente de débouchés, nous passons donc à un processus d’institutionnalisation. Les artothèques  deviennent des outils de politique culturelle. L’on se met alors en quête de dénominations pour ces nouveaux services. Ce seront les graphothèques, les galeries de prêt, les artothèques.

 

En France, les premières initiatives sont menées dans les Maisons de la Culture nouvellement instaurées par Malraux dans les années 60. La primeur de l’expérience revient à celle du Havre en 1965, suivie de près par celle de Grenoble, qui perdurera jusqu’en 1983. Entre temps à Grenoble toujours, une seconde artothèque ouvre ses portes en 1976 à Grand-place, dans la bibliothèque, c’est aujourd’hui la plus ancienne de France.

Mais ce n’est qu’à partir de 1982, à l’initiative du Ministère de la culture, sous l’égide de la Délégation aux Arts Plastiques, que le développement des artothèques a véritablement lieu en France, s’inscrivant dans la politique de décentralisation culturelle qui voit également la mise en place des FRAC et l’ouverture des centres d’art. En 1986, ces mesures incitatives sont abandonnées. Elles auront permis la création de vingt six artothèques, réparties de façon aléatoire sur le territoire français.

 

Après 1986, quelque 15 artothèques verront encore le jour à l’initiative de différentes collectivités territoriales. Ce chiffre est appelé à augmenter puisque aujourd’hui, de nombreux projets sont à l’étude dans différentes collectivités territoriales. Depuis les années 90, des artothèques privées font leur apparition, souvent dans des zones non pourvues d’artothèques publiques.  Elles sont gérées soit par des artistes souhaitant diffuser leurs œuvres auprès d’un public local, soit par des commerciaux qui offrent un service de conseil à la vente et de leasing (location, pré-achat) d’œuvres d’art contemporaines.

 

Le maillage géographique du territoire, encore irrégulier, fait apparaître des régions fortement dotées, telle la région Rhône Alpes et d’autres régions où les artothèques sont très rares, telle l’Ile de France ou le Nord-Pas-de-Calais.