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Pour un plan national des arts visuels

 

Paris, le 26 novembre 2015

 

Le secteur des arts visuels fait la démonstration en France d’une grande vitalité attestée par le nombre d’artistes qui y exercent, par la diversité des diffuseurs publics et privés qu’il représente, mais également par le dynamisme des recherches qui s’y développent. 

Les écoles d’art, les FRAC, les centres d’art, les galeries d’art contemporain, les artothèques, les résidences artistiques, les critiques d’art et les commissaires indépendants, sont autant d’acteurs d’un écosystème dont aucun équivalent n’existe à l’étranger. 

Cette communauté artistique est aujourd’hui en danger.

 

 

Bien sûr, de grands établissements publics sont les fleurons d’une politique culturelle française, et les arts plastiques contribuent au rayonnement de la France. Les records des ventes d’œuvres d’artistes contemporains entretiennent régulièrement le fantasme de l’argent coulant à flot dans un monde privilégié, mais la réalité est tout autre.

La précarité est grande. D’abord pour l’immense majorité des artistes, ensuite pour les personnels souvent sur-diplômés qui travaillent dans les structures de diffusion avec des conventions collectives inadaptées ou inexistantes, et des salaires parmi les plus faibles du monde du travail ; enfin pour une grande part des galeries d’art contemporain qui fonctionnent avec une économie excessivement fragile. 

Depuis près de dix ans, aucun prolongement concret n’a pu être trouvé à tous les efforts produits par l’ensemble de la communauté artistique pour réinventer des collaborations solidaires et construire une nouvelle économie pour ce secteur.

Aucun des outils nécessaires à toute branche professionnelle n’a pu être créé. Le ministère du Travail n’a jamais pris la peine de répondre aux courriers de nos différents représentants afin d’examiner la mise en place d’une convention collective dédiée.

La récente loi Liberté de création, architecture, et patrimoine affirme des grands principes fédérateurs pour toute la communauté artistique, et propose quelques avancées avec de nouveaux labels pour les centres d’art et les FRAC, ou la protection des collections par exemple, mais dans la grande majorité du texte le secteur des arts plastiques est absent. 

Aujourd’hui seulement 9% du budget du ministère de la Culture dédié à la création et à sa diffusion est consacré aux arts visuels, ce qui représente 0,8% du budget total de ce ministère. 

Si la culture est un parent pauvre de l’État en n’atteignant pas 1% du budget global de la nation, le secteur des arts visuels reste lui le parent le plus pauvre de la culture !

 

 

À l’heure où il est urgent de réinventer des politiques au service de tous les citoyens, la culture, et plus particulièrement le secteur des arts visuels, est oubliée par la grande majorité des décideurs, happés par les effets d’une crise sans précédent des financements publics. 

Nous sommes à un tournant où il semble que bon nombre de responsables politiques ne s’emparent plus du formidable levier que constitue l’art pour favoriser une meilleure cohésion sociale, contribuer à l’émancipation des individus, et développer un territoire. 

Quelles sortes de villes, de régions, aurons-nous si les artistes d’aujourd’hui, si les lieux d’art dans toute leur diversité n’y ont plus leur place ? 

Lors de chaque campagne électorale, le monde culturel, et particulièrement l’art contemporain, est toujours une cible privilégiée pour les réactionnaires de tous poils qui s’en prennent directement aux principes qui fondent la création et sa diffusion : la liberté de pensée, l’affirmation d’un esprit critique, la tolérance, la diversité.

 

 

Loin de cette violence idéologique que le monde de l’art combat fermement, il existe aujourd’hui un autre risque, celui des financements stagnants puis réduits, qui tue à petit feu et sans bruit des structures à l’économie trop tendue pour résister à une pression supplémentaire. Ce risque n’est pas suffisamment évalué par les responsables publics parfois surpris devant ce secteur dont ils ne soupçonnaient pas l’extrême tension.

 

 

La révolution territoriale que constitue la réforme des régions interroge brutalement l’organisation actuelle du secteur, comme la pérennité des réseaux et des structures qui travaillent pour la diffusion de la création. Le risque d’une recentralisation des faibles moyens de la culture autour des métropoles est dans l’esprit de tous. Nous savons en effet les ravages que cela provoquerait pour les projets de toutes envergures qui créent la richesse culturelle des territoires et contribuent à l’équilibre si fragile de l’écosystème de l’art. 

Cette réforme redéfinit aussi le couple État-Collectivités qui depuis trente ans a construit cette organisation dans la grande majorité des cas. Quelle articulation demain entre une politique culturelle nationale et les politiques culturelles des métropoles et des régions, dont certaines ont la taille d’un état, et qui peinent à assumer financièrement les compétences dont elles sont aujourd’hui dotées ?

Au moment où les politiques publiques se mettent en place dans les grandes régions, et où une campagne présidentielle va bientôt débuter, les vingt-quatre organisations professionnelles qui constituent le CIPAC - Fédération des professionnels de l’art contemporain, se réunissent en assises ce lundi 12 septembre pour appeler à un plan national des arts visuels.

 

Catherine Texier

Présidente du CIPAC